TRACES ET GRAFFITIS D'ATELIER_Palombit

Texte de Bruno DECHARME

Pour l’amoureux de l’art brut que je suis, dès que la norme est transgressée les oreilles se dressent, les pupilles se dilatent, et les poils se hérissent – réflexe pavlovien. Une visite un dimanche après-midi dans l’atelier de Marie Christine Palombit à Montreuil ne laisse pas indifférent tant les œuvres qu’on y découvre par la maîtrise du geste, la précision du propos et la liberté du ton s’imposent. Une œuvre qui claque, qui va droit au but. En fouillant, en déplaçant des tableaux je suis tombé en arrêt devant une drôle de série. Je ne sais comment Marie Christine la nomme, d’ailleurs la nomme-t-elle ? C’est la série des rebuts, ce qui d’usage finit à la poubelle, les essais, les palettes de couleur, les chiffons sales, les trucs qui traînent ; en magicienne, Marie Christine les métamorphose, elle transforme le déchet en sublime, le déchu, l’inutile en rêve. Ce process fait la richesse de bon nombre d’œuvres de l’art brut. Ces artistes prennent ce qui leur tombe sous la main, c’est parfois leur corps qu’ils mettent en scène, Heinrich Anton Müller, par exemple, utilisait ses excréments pour coller des morceaux de bois entre eux et créer un assemblage extraordinaire, Zdenek Kosek utilisait des vieux magazines pornographiques qu’il nourrissait de formules mathématiques, chimiques, météorologiques, créant des pluies de signes, en quelque sorte, transformant ces créatures « vulgaires » en femmes tatouées, déesses couvertes de bijoux et de son sperme. Il faut que nécessité fasse loi pour faire ainsi les poubelles ou avoir un sacré culot. C’est ce que fait Marie Christine Palombit, elle ose, n’hésite pas, ne se pose pas de questions – du moins en apparence. Son travail ressemble à une danse acrobatique, des successions de grands écarts, les styles cohabitent, les travaux semblent disparates, rien de commun en effet entre ses calligraphies – tellement belles, pures, élégantes – et le trash de cette série des rebuts. Mais à y regarder de plus près, à bien tendre l’oreille, à laisser aller le battement de son cœur, il s’agit d’une œuvre, c’est-à-dire d’une vie. Une œuvre irriguée de la même veine, orchestrée du seul geste de l’esprit, de ce qui échappe au contrôle, de ce qui s’impose sans réfléchir. C’est ce qu’on appelle la poésie.

Bruno DECHARME, Collectionneur d’art brut et cinéaste